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Qu’on se le dise …

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Le petit déjeuner de Mike Golding

Ce matin, j'ai vécu une expérience : j'ai pu apprécier des œufs brouillés sur un toast, ce qui était plutôt agréable pour changer des mes céréales habituelles. En vérité, il ne s'agit pas d'une création née d'une envie culinaire, mais plus le début d'une période de doute dans cette longue course quand il apparaît que tout commence à manquer à bord. Il ne me reste plus que six portions de céréales ce matin. Ce n'est pas la pénurie, mais je vais devoir trouver des idées avec ce qu'il reste si je veux pouvoir me faire plaisir dans les dernières semaines. 

Nous avons embarqué la nourriture, le carburant et tout le reste pour 90 jours de course, ce qui est normal. Dans une telle compétition, on va tous chercher les limites, et on essaye de minimiser le poids de charge. Cependant, quand les temps sont durs, on se soucie peu de la double ration de repas, de l'énergie brûlée à faire tourner le moteur pour maintenir une meilleure température dans le carré intérieur. Mais à présent, à mesure qu'on se rapproche de l'arrivée, tous les petits excès (et il y en a eu très peu) reviennent en tête, et une forme de paranoïa selon laquelle vous ne finirez pas, ou ne pourrez pas finir aux Sables d'Olonne commence à fortement occuper vos pensées. 

Si je devais rentrer à la maison au départ de Rio de Janeiro aujourd'hui, et si on déballait sur le quai la nourriture, le carburant et tout le matériel de secours dont je dispose, je rierais, parce que c'est tout simplement insuffisant ! Mais ici, à 400 milles dans l'est sur l'Atlantique, faisant route au nord avec le plus gros de ce 4è Vendée Globe derrière moi, je n'ai pas d'autre choix que de joindre les deux bouts. 

Manquer de céréales est une chose, mais depuis que la boîte de contrôle de d'hydrogénérateur a presque failli s'enflammer à l'entrée des mers australes, le carburant est devenu une principale préoccupation. A ce moment là de la course, nous avons choisi de ne pas trop parler de ce problème, alors que c'était pire pour d'autres concurrents, et j'ai encore du carburant et je pense que cela sera suffisant. Mais comme pour les céréales et presque tout le reste à présent, cela va être serré. 

Si je dois manger de la marmelade et des cornichons dans la derrière semaine, je le ferai. Mais qui dit pas d'énergie, dit pas de pilote, pas de lumières, pas de systèmes d'aide à la navigation, pas d'AIS, pas d'écho radar etc… Dans le golfe de Gascogne en février ? Cela fait trop et cela n'est pas très sûr. Mais comme tous les autres concurrents de ce Vendée Globe, et c'est un besoin intrinsèque (une forme folie ?), nous devons tout simplement boucler la boucle et terminer pour apprécier encore une fois les sensations et émotions offertes par les 20 minutes de passage dans le chenal des Sables d'Olonne. 

Peut-être que cette fois ci, la paranoïa est renforcée encore  par le fait que je sais que ce sera la dernière fois que je laisserai exprimer cette folie….